Des pages et des îles

Chronique de :  Oublier Klara d’Isabelle Autissier

Résumé :

Mourmansk, au nord du cercle polaire. Sur son lit d’hôpital, Rubin se sait condamné. Seule une énigme le maintient encore en vie : alors qu’il n’était qu’un enfant, Klara, sa mère, chercheuse scientifique, a été arrêtée sous ses yeux par la police stalinienne. La blessure ressentie alors, puis l’absence douloureuse de Klara ont fait de lui un homme rude. Avec lui-même. Avec son fils, Iouri, qui choisira l’exil en Amérique pour tourner la page d’une enfance meurtrie…

L’auteure :

Isabelle Autissier est la première femme à avoir accompli un tour du monde à la voile en solitaire. Elle est l’auteure de romans, de contes et d’essais, dont Kerguelen, Seule la mer s’en souviendra, L’Amant de Patagonie, et, avec Erik Orsenna, Salut au Grand Sud ainsi que Passer par le Nord. Son roman, Soudain, seuls, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires et a été traduit dans 10 pays. Elle préside la fondation WWF France. 

Ma chronique :

Un roman que je n’oublierai pas, sensible et captivant, ancré une nature grandiose et glaçante.

J’avais découvert Isabelle Autissier comme romancière avec son titre « Soudain, seuls » qui m’avait remuée également.

Ici, nous suivons trois générations, Klara et son mari scientifiques sous le régime de Staline, leur fils Rubin pêcheur et le petit-fils universitaire Iouri. Des destins marqués  par la violence : des conditions d’incarcération de Klara, le combat des pêcheurs contre les éléments pour ramener le poisson et les luttes de Iouri pour vivre ses choix.

Le décor est à la fois grandiose et oppressant, en osmose avec les événements tragiques vécus par les personnages.

J’ai particulièrement aimé la partie où Klara sympathise avec le peuple isolé dans l’arctique. Des vies difficiles où chacun prend soin de l’autre, un baume pour le cœur de Klara après sa captivité.

Isabelle Autissier nous décrit aussi les épopées maritimes des pêcheurs qui se battent contre les éléments du Grand Nord pour ramener la plu grosse pêche.

Son récit est prenant et émouvant, l’écriture fluide : un roman que je vous conseille.

Chronique de : Ledra Palace de Constantia Sotiriou

Résumé :

Le Ledra Palace n’est ni à l’ouest ni à l’est. Il est pile au milieu entre les parties grecque et turque de Chypre. Au temps de sa gloire, derrière son comptoir, le barman propose son cocktail signature, un brandy sour imaginé pour le roi d’Égypte Farouk. Dans son Salon vénitien défilent le poète Georges Séféris, le cosmonaute russe Youri Gagarine, qui préfère avoir vue sur les roses du jardin plutôt que sur la Lune, mais aussi une femme de chambre, un maquisard infiltré, des Casques bleus …

L’auteure :

Née à Nicosie en 1975, diplômée d’études turques et d’histoire du Moyen-Orient, Ledra  Palace a obtenu le prix d’Etat ( Le Goncourt chypriote).

Ma chronique :

Un livre dépaysant, documenté, original et réjouissant. La couverture et le sujet m’ont attirés et je n’ai pas été déçue.

Je le qualifierais davantage de témoignage que de roman, l’auteure nous emmène sur les traces des clients du célèbre hôtel Ledra Palace de Nicosie, portraits et souvenirs se mélangent.

L’histoire de Chypre, depuis la seconde guerre mondiale, défile sous nos yeux. Pendant trente ans, ce palace accueille des grands de ce monde que l’auteure va faire revivre ici. Elle y mêle aussi la voix de gens simples comme les femmes de ménage ou les peintres.

L’originalité tient dans l’expérience sensorielle avec ses descriptions des cocktails et boissons variées aux ingrédients comme les fleurs de sureau, la lavande, le citron ou le jasmin.

Poésie, histoire et traditions chypriotes : un beau programme grâce à cette lecture.Un seul reproche : trop court peut-être, une centaine de pages seulement.

À découvrir sans hésitation.

Paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson

Chronique de : La menteuse de Sophie Stava

Résumé :

Sloane Caraway est une menteuse. Rien de bien méchant : ses petits mensonges sont inoffensifs, destinés à embellir sa vie tristement banale, comme elle dit. Alors, quand Sloane aperçoit une fillette en larmes dans un parc, elle ne peut pas s’en empêcher : elle dit au (très séduisant) père de l’enfant qu’elle est infirmière et l’aide à retirer un dard d’abeille du pied de sa fille.

L’auteure :

La Menteuse, le premier roman de Sophie Stava, est un best-seller dans le monde entier. Il est en cours d’adaptation en série avec Lindsay Lohan.

Ma chronique :

Redoutable thriller psychologique à dévorer, attention il est difficile à lâcher.

L’intrigue est bien menée, avec des rebondissements inattendus et une tension qui augmente au fur et à mesure du récit.

J’ai été ferrée dès le début du récit, touchée par Sloane qui ne peut s’empêcher de mentir pour attirer l’attention sur elle et être reconnue. Une enfance compliquée en a fait une adulte qui n’a pas confiance en elle et s’invente des personnages.

Jusqu’où le mensonge l’entraînera-t-il face à cette famille idéale que représentent

Jay et Violet ?

L’intrigue oscille entre « Plein soleil » et « Le talentueux Mr Ripley » et se complexifie au fil du récit.

Difficile d’en dire davantage sans risquer de spoiler, je vous encourage à découvrir ce thriller qui n’a rien à envier à « La femme de ménage ».

Paru aux éditions Les Escales

Chronique de : Un monde à refaire de Claire Deya 

Résumé :

Côte d’Azur, Printemps 1945. Dans le Sud libéré, des destins se croisent. Saskia revient des camps, Fabien du maquis. Vincent, lui, s’est évadé d’un camp de prisonniers pour retrouver Ariane, la femme qu’il aime d’un amour fou  et secret : elle a disparu mystérieusement pendant la guerre. C’est presque l’été, presque la paix… et tous avancent en terrain miné. Les mines, il y en a même par millions sur les rives de la Méditerranée, laissées par les Allemands, prêtes à exploser. Qui s’en souvient  ?

L’auteure :

Claire Deya est une scénariste et autrice française. Un monde à refaire est son premier roman.

Ma chronique :

Un roman envoûtant et passionnant qui s’empare d’un sujet historique peu traité : le déminage d’après guerre.

Après le débarquement de Provence, les plages de la French Riviera sont méconnaissables et impraticables, le sol est complètement miné. Des anciens résistants, des petits malfrats et des prisonniers allemands se retrouvent dans cette tâche colossale : enlever toutes les mines des plages et accès pour que la vie redevienne progressivement normale.

Claire choisit des personnages cabossés, anciens résistants ou prisonniers qui doivent coopérer ou mourir soufflés par une de ces mines. Une fraternité forcée face aux risques énormes. Raymond Aubrac est présent aussi pour soutenir les démineurs et louer leur courage.

La guerre a séparé les amoureux et nos héros tentent coûte que coûte de renouer avec leur passé et de retrouver leur amour. Une quête désespérée et déchirante qui émeut beaucoup. Chacun tente de se reconstruire dans ces lendemains de guerre chaotiques.

Un livre qui m’a secouée et émue, très bien documenté, une fiction historique comme je les aime.

Une pépite à découvrir absolument.

Chronique de : Mon mari de Maud Ventura

Résumé :

Elle a la vie dont elle rêvait  : une belle maison, deux enfants, l’homme idéal. Après quinze ans de vie commune, elle ne se lasse pas de dire  : « Mon mari  ! » Pourtant elle veut plus encore  : qu’ils s’aiment comme au premier jour. Alors elle s’impose une discipline de fer pour entretenir la flamme…

L’auteure :

Maud Ventura est fascinée par le sentiment amoureux. Elle explique souvent ne pas comprendre pourquoi ce dernier s’étiole  : « Pourquoi ne peut-on pas s’aimer toute la vie comme au premier jour  ? »  Longtemps, cette question la taraude. Elle y réfléchit au quotidien dans ses carnets et avec de nombreux invités dans son podcast sur l’amourLalala. Pour répondre à sa question, elle écrit son premier roman.

Ma chronique :

Un livre déroutant et sur lequel j’ai du mal à me prononcer : j’ai aimé un peu, moyennement ou pas du tout. Je suis très partagée entre ces trois affirmations, je vais tenter de m’expliquer.

J’ai choisi ce livre qui était plébiscité par de nombreux lecteurs, curieuse de découvrir un roman décrit comme drôle et percutant. Je n’ai pas du tout éprouvé ces sentiments : ce n’est ni comique ni inoubliable, original certainement.

Une quarantenaire vit une passion pour son mari depuis quinze ans, elle a deux enfants qui comptent moins et une vie confortable. Son amour pour son mari tourne à l’obsession : tous les stratagèmes sont bons pour être auprès de lui.

Je ne vous décrirai pas ceux-ci, seuls éléments originaux du récit.

La narration se déroule sur une semaine, les jours se ressemblent et je me suis ennuyée. J’attendais davantage d’originalité, des rebondissements et de l’émotion. Ici c’est plat, sans éclat et peu de suspense. L’épilogue est la seule surprise du roman.

Grosse déception pour moi donc.